Méthode 1 — Calculer l'émergence d'un bruit de voisinage
L'émergence n'est pas un niveau sonore : c'est un écart. Elle traduit à quel point une source nouvelle se détache du fond sonore préexistant. Une source de 60 dB(A) peut être parfaitement réglementaire dans une rue passante et constituer une infraction caractérisée dans un hameau silencieux : c'est le contexte qui fixe le seuil, pas la puissance de la source.
La formule de l'émergence globale et ses variables
L'émergence globale s'écrit E = LAeq,ambiant − LAeq,résiduel. LAeq,ambiant est le niveau de pression acoustique continu équivalent pondéré A mesuré pendant le fonctionnement de la source en cause, en dB(A). LAeq,résiduel est ce même niveau mesuré en l'absence de la source, tous les autres bruits habituels du lieu étant présents. E s'exprime en dB(A).
L'article R. 1334-33 du code de la santé publique fixe les valeurs limites : 5 dB(A) en période diurne, de 7 heures à 22 heures, et 3 dB(A) en période nocturne, de 22 heures à 7 heures. Ces valeurs ne sont pas les seuils finaux : il faut y ajouter un terme correctif fonction de la durée cumulée d'apparition du bruit particulier.
Le terme correctif lié à la durée d'apparition
Un bruit bref est jugé moins gênant qu'un bruit permanent de même niveau. Le code de la santé publique traduit ce constat par une tolérance dégressive avec la durée cumulée du bruit sur la période de référence.
- Durée cumulée inférieure ou égale à 1 minute : terme correctif de 6 dB(A).
- Durée supérieure à 1 minute et inférieure ou égale à 5 minutes : 5 dB(A).
- Durée supérieure à 5 minutes et inférieure ou égale à 20 minutes : 4 dB(A).
- Durée supérieure à 20 minutes et inférieure ou égale à 2 heures : 3 dB(A).
- Durée supérieure à 2 heures et inférieure ou égale à 4 heures : 2 dB(A).
- Durée supérieure à 4 heures et inférieure ou égale à 8 heures : 1 dB(A).
- Durée supérieure à 8 heures : 0 dB(A), aucune tolérance supplémentaire.
Seuils de déclenchement et émergence spectrale
L'article R. 1334-32 écarte du dispositif les ambiances déjà très calmes : les valeurs limites d'émergence ne s'appliquent que si le niveau de bruit ambiant mesuré, comportant le bruit particulier, est supérieur à 25 dB(A) à l'intérieur des pièces principales d'un logement, fenêtres ouvertes ou fermées, et à 30 dB(A) dans les autres cas. En dessous, la mesure n'est pas exploitable pour caractériser une infraction.
L'article R. 1334-34 ajoute une seconde condition, indépendante de la première, pour les activités professionnelles, sportives, culturelles ou de loisirs : l'émergence spectrale, évaluée par bandes d'octave normalisées, ne doit pas dépasser 7 dB dans les bandes centrées sur 125 Hz et 250 Hz, ni 5 dB dans les bandes centrées sur 500 Hz, 1 000 Hz, 2 000 Hz et 4 000 Hz. Un équipement dont l'émergence globale est conforme peut ainsi être non conforme sur une bande basse fréquence, ce qui est fréquent avec les compresseurs et les groupes froids.
Deux opérations de calcul indispensables sur les décibels
Les décibels ne s'additionnent pas arithmétiquement. Pour retrouver le niveau de la source seule à partir du niveau ambiant et du niveau résiduel, on applique une soustraction énergétique : L_source = 10 × log10(10^(L_ambiant/10) − 10^(L_résiduel/10)).
Inversement, pour cumuler deux sources indépendantes : L_total = 10 × log10(10^(L1/10) + 10^(L2/10)). Deux sources identiques de 45 dB(A) donnent 48 dB(A), et non 90 : le doublement d'énergie correspond à 10 × log10(2) = 3,01 dB.
Enfin, en champ libre et pour une source assimilable à une source ponctuelle, doubler la distance divise l'intensité par quatre et fait chuter le niveau de 10 × log10(4) = 6,02 dB. Éloigner un équipement de 2 m à 4 m fait donc gagner environ 6 dB(A) — souvent plus efficace et moins coûteux qu'un capotage.