La classe énergétique d'un logement est déterminée par le diagnostic de performance énergétique selon la méthode conventionnelle 3CL-DPE 2021. Elle ne résulte pas d'une seule grandeur mais du croisement de deux indicateurs : la consommation d'énergie primaire CEP, en kWh/(m².an), et les émissions de gaz à effet de serre EGES, en kg éq. CO2/(m².an). La règle est celle du double seuil : la moins bonne des deux performances commande la classe. Les valeurs seuils sont fixées par arrêté et dépendent de la surface de référence du bien et de son altitude. Cette page détaille la mécanique de classement, les tableaux de seuils en vigueur, l'effet du changement de facteur de conversion de l'électricité, trois exemples chiffrés, le cadre réglementaire et les erreurs d'interprétation les plus coûteuses.
Méthode de classement : double seuil, indicateurs et unités
Le classement DPE ne consiste pas à situer une consommation sur une échelle. Il consiste à vérifier, classe par classe, une double condition portant simultanément sur l'énergie et sur les émissions. La formulation exacte de l'arrêté est explicite sur ce point et mérite d'être suivie littéralement, car c'est elle qui explique la plupart des surprises de classement.
La règle du double seuil, telle qu'elle est écrite
L'annexe de l'arrêté définit six couples de valeurs seuils, notés CEP_a à CEP_f pour la consommation d'énergie primaire en kWh/(m².an) et EGES_a à EGES_f pour les émissions en kg éq. CO2/(m².an). Les valeurs sont arrondies à l'entier inférieur.
La classe A est atteinte lorsque CEP < CEP_a et EGES < EGES_a. La classe G est atteinte lorsque CEP ≥ CEP_f et EGES ≥ EGES_f. Entre les deux, chaque classe s'obtient par une double condition alternative : la classe B, par exemple, correspond au cas où CEP_a ≤ CEP < CEP_b et EGES < EGES_b, ou bien au cas où EGES_a ≤ EGES < EGES_b et CEP < CEP_b. Le même schéma s'applique aux classes C, D, E et F.
Traduit en langage courant : un logement est classé dans la classe la moins favorable des deux échelles. Un logement très économe en énergie mais chauffé par un vecteur fortement émetteur sera tiré vers le bas par l'échelle climat, et réciproquement. C'est le mécanisme central du DPE depuis la réforme de 2021.
Une échelle climat distincte, l'étiquette climat, classe par ailleurs les seules émissions de A à G, avec la même série de valeurs EGES_a à EGES_f. Elle est publiée à côté de l'étiquette énergie mais ne détermine pas, à elle seule, la classe du bien.
Les valeurs seuils pour les biens de plus de 40 m² en dessous de 800 mètres
C'est le cas général. Les valeurs publiées à l'annexe de l'arrêté sont les suivantes, exprimées en kWh/(m².an) pour CEP et en kg éq. CO2/(m².an) pour EGES.
- CEP_a = 70 et EGES_a = 6 : borne haute de la classe A.
- CEP_b = 110 et EGES_b = 11 : borne haute de la classe B.
- CEP_c = 180 et EGES_c = 30 : borne haute de la classe C.
- CEP_d = 250 et EGES_d = 50 : borne haute de la classe D.
- CEP_e = 330 et EGES_e = 70 : borne haute de la classe E.
- CEP_f = 420 et EGES_f = 100 : borne haute de la classe F ; au-delà, classe G.
Les deux ajustements : altitude et petites surfaces
Pour les biens de plus de 40 m² situés au-dessus de 800 mètres d'altitude en zones climatiques H1b, H1c et H2d, telles que définies dans la méthode 3CL-DPE 2021, deux seuils seulement sont relevés : CEP_e passe à 390 et EGES_e à 80, CEP_f passe à 500 et EGES_f à 110. Les bornes des classes A à D restent inchangées. L'ajustement ne porte donc que sur la frontière entre logements décents et passoires énergétiques, là où la rigueur climatique pèse le plus.
Pour les biens dont la surface de référence est inférieure ou égale à 40 m², l'arrêté du 25 mars 2024 a introduit un tableau de seuils fonction de la surface, les valeurs intermédiaires étant déterminées par interpolation linéaire. À 40 m², les valeurs rejoignent exactement celles du cas général ; en dessous, elles se relèvent progressivement. À 25 m², par exemple, CEP_a vaut 81 et EGES_a 7, CEP_b vaut 121 et EGES_b 12, CEP_e vaut 363 et EGES_e 73, CEP_f vaut 454 et EGES_f 103.
La logique de cet ajustement est physique : sur un petit logement, la production d'eau chaude sanitaire et les déperditions par l'enveloppe sont fortement pénalisées par le rapport surface d'enveloppe sur surface habitable. Un studio et un cinq-pièces à performance constructive identique n'obtenaient pas la même classe avant cette révision.
Le facteur de conversion en énergie primaire de l'électricité
La consommation d'énergie primaire ne se lit pas sur un compteur : elle s'obtient en appliquant un facteur de conversion à l'énergie finale consommée. Ce facteur est de 2,3 pour l'électricité dans l'arrêté du 31 mars 2021 relatif au DPE.
L'arrêté du 13 août 2025 a modifié cette valeur : le facteur de conversion de l'énergie finale en énergie primaire de l'électricité passe de 2,3 à 1,9, l'annexe 3 mentionnant désormais « 1,9 pour l'électricité ». Cette modification entre en vigueur le 1er janvier 2026 et s'applique aux diagnostics de performance énergétique des bâtiments à usage d'habitation ainsi qu'aux audits énergétiques.
L'effet est mécanique et considérable pour les logements chauffés à l'électricité : à consommation finale inchangée, la consommation d'énergie primaire baisse de 1 − 1,9/2,3 = 17,4 %. Les diagnostics antérieurs en cours de validité peuvent bénéficier d'une attestation gratuite de changement d'étiquette, téléchargeable via l'observatoire de l'ADEME.
Enchaînement complet de la méthode
- 1. Relever les caractéristiques du bien : surface de référence, altitude, zone climatique au sens de la méthode 3CL-DPE 2021.
- 2. Établir les consommations conventionnelles par usage selon la méthode 3CL-DPE 2021 : chauffage, eau chaude sanitaire, refroidissement, auxiliaires, éclairage.
- 3. Convertir en énergie primaire à l'aide des facteurs de l'annexe 3 de l'arrêté du 31 mars 2021, dont 1,9 pour l'électricité à compter du 1er janvier 2026.
- 4. Calculer les émissions de gaz à effet de serre selon les conventions des annexes 4 et 13 du même arrêté.
- 5. Rapporter les deux résultats à la surface de référence pour obtenir CEP et EGES, arrondis à l'entier inférieur.
- 6. Sélectionner le tableau de seuils applicable : cas général, altitude supérieure à 800 mètres en H1b, H1c ou H2d, ou surface inférieure ou égale à 40 m² avec interpolation.
- 7. Appliquer la règle du double seuil, classe par classe, jusqu'à trouver la classe satisfaite.
- 8. Vérifier si le bien relève de la qualification de passoire énergétique, qui déclenche des obligations distinctes.
Trois classements chiffrés complets et vérifiables
Les valeurs de CEP et d'EGES utilisées ci-dessous sont des résultats de calcul supposés ; les seuils sont ceux publiés à l'annexe de l'arrêté. Seul un diagnostiqueur certifié peut produire les valeurs opposables, à l'aide d'un logiciel validé appliquant la méthode 3CL-DPE 2021.
Exemple 1 : Application de la règle du double seuil
Hypothèses : appartement de 100 m² de surface de référence, situé en dessous de 800 mètres d'altitude, donc tableau de seuils général. Résultats du calcul supposés : CEP = 115 kWh/(m².an) et EGES = 26 kg éq. CO2/(m².an).
Étape 1, Test de la classe A : il faudrait CEP < 70 et EGES < 6. La condition sur CEP n'est pas remplie.
Étape 2, Test de la classe B : il faudrait CEP_a ≤ CEP < CEP_b, soit 70 ≤ 115 < 110, ce qui est faux, ou EGES_a ≤ EGES < EGES_b avec CEP < CEP_b, soit 6 ≤ 26 < 11, également faux.
Étape 3, Test de la classe C : CEP_b ≤ CEP < CEP_c, soit 110 ≤ 115 < 180, vrai ; et EGES < EGES_c, soit 26 < 30, vrai. La double condition est satisfaite.
Résultat : classe C.
Variante, Si le même logement affichait EGES = 34 kg éq. CO2/(m².an), la condition EGES < 30 tomberait. On testerait alors la classe D : CEP_c ≤ CEP < CEP_d, soit 180 ≤ 115 < 250, faux ; ou EGES_c ≤ EGES < EGES_d avec CEP < CEP_d, soit 30 ≤ 34 < 50 et 115 < 250, vrai. Le logement serait classé D alors que sa consommation d'énergie primaire n'a pas bougé d'un kilowattheure. C'est exactement l'effet du double seuil.
Exemple 2 : Effet du passage du facteur électricité de 2,3 à 1,9
Hypothèses : maison de 100 m² chauffée à l'électricité, consommation finale conventionnelle tous usages de 8 000 kWh/an, altitude inférieure à 800 mètres, EGES supposées à 20 kg éq. CO2/(m².an).
Étape 1, Avec le facteur de 2,3 : énergie primaire = 8 000 × 2,3 = 18 400 kWhEP/an, soit 18 400 / 100 = 184 kWh/(m².an).
Étape 2, Classement correspondant : CEP_c ≤ 184 < CEP_d, soit 180 ≤ 184 < 250, et EGES = 20 < EGES_d = 50. Classe D.
Étape 3, Avec le facteur de 1,9 applicable à compter du 1er janvier 2026 : énergie primaire = 8 000 × 1,9 = 15 200 kWhEP/an, soit 152 kWh/(m².an).
Étape 4, Classement correspondant : CEP_b ≤ 152 < CEP_c, soit 110 ≤ 152 < 180, et EGES = 20 < EGES_c = 30. Classe C.
Lecture du résultat : le même logement, sans aucun travaux, passe de D à C. La baisse relative de la consommation d'énergie primaire est de 1 − 1,9/2,3 = 17,4 %, appliquée uniformément à tous les usages électriques. Cette révision ne change rien à la performance physique du bâtiment ; elle change la convention de comptage. C'est une raison de plus pour ne jamais interpréter une classe DPE comme une mesure de consommation réelle.
Exemple 3 : Effet de l'ajustement pour les petites surfaces
Hypothèses : studio de 25 m² de surface de référence, en dessous de 800 mètres d'altitude. Résultats supposés : CEP = 340 kWh/(m².an) et EGES = 20 kg éq. CO2/(m².an).
Étape 1, Classement avec le tableau général applicable aux biens de plus de 40 m² : CEP_e ≤ 340 < CEP_f, soit 330 ≤ 340 < 420, et EGES = 20 < EGES_f = 100. Classe F, donc passoire énergétique.
Étape 2 : Classement avec le tableau applicable aux biens de 25 m², issu de l'arrêté du 25 mars 2024 : CEP_d = 280 et CEP_e = 363. On teste la classe E : CEP_d ≤ CEP < CEP_e, soit 280 ≤ 340 < 363, vrai ; et EGES < EGES_e = 73, soit 20 < 73, vrai. Classe E.
Étape 3, Conséquence : le studio n'est plus classé F et sort donc du champ des passoires énergétiques, ce qui modifie directement son régime de location et ses obligations d'audit à la vente.
Lecture du résultat : cet ajustement corrige un biais méthodologique réel. Sur un petit logement, la consommation d'eau chaude sanitaire et les déperditions par l'enveloppe sont mécaniquement plus lourdes rapportées au mètre carré, indépendamment de la qualité constructive. Il ne s'agit donc pas d'un assouplissement de complaisance mais d'une remise à niveau de la comparabilité entre typologies.
Le cadre réglementaire du DPE
Le DPE a changé de nature avec la réforme de 2021 : d'un document informatif, il est devenu opposable et il conditionne désormais des obligations lourdes, notamment en matière de mise en location.
Les textes structurants
- Article L. 173-1-1 du code de la construction et de l'habitation, classement des bâtiments ou parties de bâtiment existants à usage d'habitation, par niveau de performance décroissant, en sept classes de A, extrêmement performants, à G, extrêmement peu performants. Il renvoie à un arrêté ministériel pour la définition des seuils.
- Arrêté du 31 mars 2021 relatif au diagnostic de performance énergétique pour les bâtiments ou parties de bâtiments à usage d'habitation en France métropolitaine, contenu du diagnostic, renvois à l'annexe 3 pour la conversion en énergie primaire et aux annexes 4 et 13 pour les conventions de calcul des émissions.
- Arrêté du 31 mars 2021 relatif aux méthodes et procédures applicables au diagnostic de performance énergétique et aux logiciels l'établissant, méthode 3CL-DPE 2021 et validation des logiciels.
- Arrêté du 25 mars 2024 modifiant les seuils des étiquettes du DPE pour les logements de petites surfaces et actualisant les tarifs annuels de l'énergie, entré en vigueur le 1er juillet 2024.
- Arrêté du 13 août 2025 modifiant le facteur de conversion de l'énergie finale en énergie primaire de l'électricité relatif au DPE, passage de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026.
Les passoires énergétiques et le calendrier locatif
L'annexe de l'arrêté prévoit que, dans le cas d'un logement de classe énergétique F ou G, l'étiquette énergie est complétée d'un pictogramme visant à mettre en évidence ces logements, accompagné du libellé « Passoire énergétique ». La qualification est donc portée par le document lui-même.
Sur le plan locatif, le service public rappelle le calendrier d'interdiction : la mise en location des logements de classe G est interdite depuis le 1er janvier 2025, celle des logements de classe F le sera à partir de 2028 et celle des logements de classe E à partir de 2034.
La conséquence patrimoniale est directe. Un logement classé F ou G, ou situé juste au-dessus d'une frontière de classe, doit être analysé non pas sur sa classe actuelle mais sur l'écart qui le sépare de la classe supérieure et sur le coût des travaux nécessaires pour le franchir. C'est cette analyse, et non la lettre affichée, qui détermine la valeur réelle du bien.
Ce que le DPE n'est pas
Le DPE établi selon la méthode 3CL-DPE 2021 est un calcul conventionnel fondé sur les caractéristiques du bâti et de ses équipements, et non un relevé de consommations réelles. Il utilise des scénarios normalisés d'occupation, de température de consigne et de puisage d'eau chaude, précisément pour permettre de comparer deux logements indépendamment de leurs occupants.
Il en découle qu'un écart entre la consommation affichée et la facture n'est pas, en soi, une anomalie du diagnostic. Il en découle aussi qu'un DPE ne se compare utilement qu'à un autre DPE, établi avec la même version de la méthode et les mêmes facteurs de conversion, ce que la révision du facteur électricité au 1er janvier 2026 rend particulièrement sensible.
Classe énergétique et projet de maîtrise d'œuvre
Sur une rénovation, la classe DPE n'est pas un objectif technique mais une conséquence, et elle constitue rarement le bon point de départ d'un programme de travaux. La question utile n'est pas « comment passer en C » mais « lequel des deux indicateurs bloque, et à quel coût le débloque-t-on ». Un logement dont l'échelle climat est le facteur limitant ne gagnera aucune lettre par renforcement d'isolation seul : c'est le vecteur énergétique qu'il faut traiter. Inversement, un logement chauffé à l'électricité après la révision du facteur de conversion peut franchir une classe par des travaux d'enveloppe modestes.
Progineer aborde donc le sujet par le diagnostic avant d'aborder les travaux : lecture du DPE existant pour identifier le facteur limitant, vérification du tableau de seuils réellement applicable au bien selon sa surface et son altitude, articulation avec l'audit énergétique lorsqu'il est requis, définition d'un programme de travaux hiérarchisé par le rapport entre gain de classe et coût, coordination des entreprises et des justificatifs nécessaires aux dispositifs d'aide, puis vérification que les pièces produites permettront effectivement l'établissement d'un nouveau diagnostic. Sur les biens de montagne d'Auvergne-Rhône-Alpes, la vérification du critère d'altitude est un réflexe à avoir dès la première lecture ; sur les petites surfaces urbaines de Provence-Alpes-Côte d'Azur, c'est le tableau des biens de 40 m² et moins qui change souvent la conclusion.
Glossaire technique
- CEP
- Consommation d'énergie primaire du logement, en kWh/(m².an), obtenue en appliquant les facteurs de conversion de l'annexe 3 de l'arrêté du 31 mars 2021 aux consommations finales conventionnelles.
- EGES
- Émissions de gaz à effet de serre du logement, en kg éq. CO2/(m².an), calculées selon les conventions des annexes 4 et 13 de l'arrêté du 31 mars 2021.
- Double seuil
- Règle de classement croisant CEP et EGES : la classe retenue est la moins favorable des deux échelles.
- Méthode 3CL-DPE 2021
- Méthode de calcul conventionnelle du DPE des logements, applicable depuis juillet 2021, définie par l'arrêté du 31 mars 2021 relatif aux méthodes et procédures et aux logiciels.
- Étiquette énergie / étiquette climat
- Deux échelles graphiques de A à G, la première pour la performance énergétique, la seconde pour les émissions. La classe du bien résulte du croisement des deux indicateurs.
- Surface de référence
- Surface du bien servant de dénominateur aux indicateurs CEP et EGES et de paramètre au choix du tableau de seuils applicable.
- Facteur de conversion en énergie primaire
- Coefficient appliqué à l'énergie finale pour obtenir l'énergie primaire. Pour l'électricité : 2,3 dans l'arrêté du 31 mars 2021, ramené à 1,9 par l'arrêté du 13 août 2025 à compter du 1er janvier 2026.
- Passoire énergétique
- Logement classé F ou G, signalé par un pictogramme spécifique sur l'étiquette énergie et soumis à un calendrier d'interdiction de mise en location.
- Audit énergétique
- Document distinct du DPE, plus détaillé, qui analyse le bâti et propose des scénarios de travaux hiérarchisés.