Méthode de calcul : structure, variables et unités
Le calcul de puissance suit une logique en deux temps. On établit d'abord un coefficient de déperdition global du bâtiment, exprimé en watts par kelvin, qui ne dépend que de sa constitution. On le multiplie ensuite par l'écart de température de dimensionnement pour obtenir une puissance en watts. Cette séparation est essentielle : le premier terme caractérise le bâtiment, le second caractérise le climat et la consigne.
La formule générale de la NF EN 12831
La déperdition de base s'écrit Φ = (HT + HV) × (θint − θe), où HT est le coefficient de déperdition par transmission en W/K, HV le coefficient de déperdition par renouvellement d'air en W/K, θint la température intérieure de consigne et θe la température extérieure de base, toutes deux en degrés Celsius. Le résultat Φ s'exprime en watts.
La puissance à installer ajoute, le cas échéant, une surpuissance de relance destinée à permettre la remontée en température après une période de ralenti. Le principe posé par la norme est que la puissance totale correspond à la somme des déperditions par transmission, des déperditions par renouvellement d'air et de cette surpuissance. Le facteur de relance dépend de l'inertie du bâtiment, de l'abaissement pratiqué et de la durée de remontée souhaitée.
La norme raisonne pièce par pièce autant que globalement : elle traite le calcul de la charge thermique nominale pour les pièces individuelles, pour les entités de bâtiment et pour les bâtiments entiers. C'est cette approche par pièce qui permet ensuite de dimensionner les émetteurs, alors que l'approche globale ne dimensionne que le générateur.
Le coefficient de déperdition par transmission HT
HT agrège trois familles de termes. Les termes surfaciques Σ(U × A), avec U le coefficient de transmission thermique de chaque paroi en W/(m².K) et A sa surface en m². Les termes linéiques Σ(ψ × L), avec ψ le coefficient de transmission linéique des liaisons en W/(m.K) et L leur linéaire en mètres. Les termes ponctuels Σχ, en W/K.
Les parois ne donnant pas directement sur l'extérieur (mitoyennes d'un local non chauffé, planchers sur vide sanitaire, murs enterrés) reçoivent un facteur de réduction, souvent noté bu, qui traduit le fait que l'écart de température y est inférieur à l'écart avec l'air extérieur. Négliger ce facteur revient à surestimer les déperditions ; l'oublier là où il ne s'applique pas revient à les sous-estimer.
Les coefficients U doivent provenir d'un calcul selon la NF EN ISO 6946 pour les parois opaques et selon la NF EN ISO 10077-1 pour les menuiseries. Les coefficients ψ doivent provenir d'un calcul selon la NF EN ISO 10211, d'un Avis technique ou du catalogue de valeurs par défaut du fascicule Th-Bat Ponts thermiques.
Le coefficient de déperdition par renouvellement d'air HV
HV se calcule par HV = 0,34 × qv, où qv est le débit d'air neuf en m³/h et HV le coefficient en W/K. Le facteur 0,34 Wh/(m³.K) correspond à la capacité thermique volumique de l'air, c'est-à-dire au produit de sa masse volumique par sa chaleur massique ramené à l'heure.
Le débit à retenir est celui de la ventilation réglementaire, établi selon l'arrêté du 24 mars 1982, auquel s'ajoutent les infiltrations parasites de l'enveloppe. Sur un bâtiment neuf soumis à une exigence de perméabilité à l'air, la part d'infiltration est faible ; sur un bâtiment ancien non traité, elle peut dépasser le débit de ventilation lui-même.
Une ventilation double flux avec récupération réduit ce terme dans la proportion de son efficacité η : HV devient 0,34 × qv × (1 − η). L'efficacité à retenir est celle déclarée par le fabricant au point de fonctionnement considéré.
Les données climatiques et la consigne
La température extérieure de base n'est pas la température minimale historique du lieu : c'est une valeur conventionnelle de dimensionnement, atteinte seulement quelques jours par an. Elle est donnée par l'annexe nationale de la NF EN 12831 pour la France, en fonction du département et de l'altitude. Elle ne se devine pas et doit être relevée dans cette annexe pour le lieu exact du projet.
La température intérieure de consigne dépend de l'usage de la pièce : une pièce de vie, une chambre et une salle de bains n'ont pas la même consigne, et c'est précisément l'intérêt du calcul pièce par pièce. Pour un calcul global de maison individuelle, une consigne unique est souvent retenue en pièce principale.
Ces deux paramètres pèsent linéairement sur le résultat. Un écart de 5 kelvins sur ΔT, qu'il vienne d'une consigne mal choisie ou d'une température de base erronée, se traduit directement par une variation proportionnelle de la puissance calculée.
Enchaînement complet de la méthode
- 1. Relever la température extérieure de base du lieu dans l'annexe nationale de la NF EN 12831, selon le département et l'altitude.
- 2. Fixer les températures intérieures de consigne, pièce par pièce si l'on dimensionne les émetteurs.
- 3. Calculer les coefficients U de toutes les parois selon la NF EN ISO 6946 et la NF EN ISO 10077-1.
- 4. Métrer les surfaces déperditives et les linéaires de liaisons, et affecter les coefficients ψ et χ.
- 5. Appliquer les facteurs de réduction aux parois donnant sur des locaux non chauffés ou sur le sol.
- 6. Sommer pour obtenir HT, en W/K.
- 7. Déterminer le débit d'air neuf réglementaire et les infiltrations, puis calculer HV = 0,34 × qv, en tenant compte le cas échéant de la récupération.
- 8. Calculer Φ = (HT + HV) × (θint − θe).
- 9. Ajouter la surpuissance de relance selon l'inertie du bâtiment et le mode d'exploitation.
- 10. Sélectionner le générateur au plus près de la puissance calculée, sans marge de confort supplémentaire.
Trois dimensionnements chiffrés complets et vérifiables
Les caractéristiques du bâtiment et les températures utilisées ci-dessous sont des hypothèses de calcul explicites, choisies pour rendre chaque opération refaisable. Sur un projet réel, les coefficients U proviennent du calcul des parois prescrites et la température extérieure de base se relève dans l'annexe nationale de la NF EN 12831.
Exemple 1 : Puissance de base d'une maison individuelle
Hypothèses : maison de 120 m² chauffés, volume chauffé 300 m³. Murs 110 m² à U = 0,22 W/(m².K) ; toiture 120 m² à U = 0,16 ; plancher bas 120 m² à U = 0,25 ; baies 20 m² à Uw = 1,30. Ponts thermiques : Σ(ψ × L) = 30,00 W/K. Débit de ventilation 120 m³/h. Température intérieure de consigne 19 °C, température extérieure de base −7 °C.
Étape 1, Termes surfaciques : murs 110 × 0,22 = 24,20 ; toiture 120 × 0,16 = 19,20 ; plancher bas 120 × 0,25 = 30,00 ; baies 20 × 1,30 = 26,00. Somme : Σ(U × A) = 99,40 W/K.
Étape 2, Coefficient de transmission : HT = 99,40 + 30,00 = 129,40 W/K.
Étape 3 : Coefficient de renouvellement d'air : HV = 0,34 × 120 = 40,80 W/K.
Étape 4, Coefficient global : H = 129,40 + 40,80 = 170,20 W/K.
Étape 5, Écart de dimensionnement : ΔT = 19 − (−7) = 26 K.
Étape 6, Puissance : Φ = 170,20 × 26 = 4 425,2 W, soit 4,43 kW. Rapportée à la surface : 4 425,2 / 120 = 36,9 W/m².
Lecture du résultat : la ventilation représente 40,80 des 170,20 W/K, soit 24,0 % du total, et les ponts thermiques 30,00 sur 170,20, soit 17,6 %. Sur un bâtiment isolé, ces deux postes cumulent plus de 40 % de la déperdition : les traiter est plus efficace que de renforcer encore les parois courantes.
Exemple 2 : Effet de la relance et d'une ventilation double flux
Hypothèse de relance : le bâtiment est exploité avec un abaissement nocturne, ce qui conduit à retenir une surpuissance de 10 %, valeur d'hypothèse qui doit en pratique être déterminée selon l'inertie du bâtiment, l'abaissement pratiqué et la durée de remontée admise.
Étape 1, Puissance avec relance : 4 425,2 × 1,10 = 4 867,7 W, soit 4,87 kW. On retiendrait un générateur de 5 kW, sans marge supplémentaire.
Hypothèse double flux : ventilation avec récupération d'efficacité déclarée η = 0,85, à confirmer sur la documentation technique de l'équipement.
Étape 2 : Nouveau coefficient de renouvellement d'air : HV = 0,34 × 120 × (1 − 0,85) = 40,80 × 0,15 = 6,12 W/K.
Étape 3, Nouveau coefficient global : H = 129,40 + 6,12 = 135,52 W/K.
Étape 4, Nouvelle puissance de base : Φ = 135,52 × 26 = 3 523,5 W, soit 3,52 kW. Gain : 4 425,2 − 3 523,5 = 901,7 W, soit 20,4 % de la puissance initiale.
Lecture du résultat : la ventilation double flux ne fait pas qu'économiser de l'énergie, elle réduit la puissance à installer d'un cinquième. Sur un projet où le générateur est proche d'une frontière de gamme, cet effet peut faire changer de modèle. Il faut néanmoins en retrancher la consommation électrique permanente des ventilateurs et vérifier que le réseau de gaines est isolé et étanche.
Exemple 3 : Sensibilité à la température extérieure de base
On reprend le coefficient global de l'exemple 1, H = 170,20 W/K, avec une consigne de 19 °C, et on fait varier la seule température extérieure de base.
Cas A, θe = −2 °C : ΔT = 21 K, Φ = 170,20 × 21 = 3 574,2 W, soit 3,57 kW.
Cas B, θe = −7 °C : ΔT = 26 K, Φ = 170,20 × 26 = 4 425,2 W, soit 4,43 kW.
Cas C, θe = −12 °C : ΔT = 31 K, Φ = 170,20 × 31 = 5 276,2 W, soit 5,28 kW.
Cas D, θe = −15 °C : ΔT = 34 K, Φ = 170,20 × 34 = 5 786,8 W, soit 5,79 kW.
Lecture du résultat : entre le cas A et le cas D, la puissance passe de 3 574,2 à 5 786,8 W, soit une augmentation de 61,9 % pour un bâtiment strictement identique. La température extérieure de base est donc le paramètre le plus sensible du dimensionnement, avant même les caractéristiques de l'enveloppe. Elle ne se devine pas et se relève dans l'annexe nationale de la NF EN 12831 pour le département et l'altitude du projet, un point d'autant plus critique en zone de montagne, où l'altitude modifie la valeur à quelques kilomètres de distance.
Le cadre normatif et réglementaire du dimensionnement
Le calcul de puissance n'est pas en lui-même un calcul réglementaire au sens de la RE2020, mais il en est un préalable indispensable et il conditionne le respect de plusieurs exigences.
La norme de calcul
La NF EN 12831 traite des méthodes de calcul de la charge thermique nominale, définie comme l'apport de chaleur, donc la puissance, nécessaire pour maintenir la température intérieure requise dans les conditions extérieures de base. Elle couvre les pièces individuelles, les entités de bâtiment et les bâtiments entiers.
Son annexe nationale française fournit les données propres au territoire, notamment les températures extérieures de base par zone géographique et altitude. C'est cette annexe, et non un tableau générique, qui fait foi pour un projet situé en France.
Elle s'appuie sur d'autres normes pour ses données d'entrée : NF EN ISO 6946 pour les coefficients de transmission des parois opaques, NF EN ISO 10077-1 pour les menuiseries, NF EN ISO 10211 pour les ponts thermiques, NF EN ISO 13370 pour les échanges avec le sol.
L'articulation avec la RE2020
La puissance de chauffage n'est pas un indicateur de la RE2020. Les six indicateurs réglementaires (Bbio, Cep, Cep,nr, Ic énergie, Ic construction et DH) portent sur des besoins, des consommations, des impacts et un confort, pas sur une puissance installée.
Le lien existe néanmoins. Le guide RE2020 rappelle que les consommations réglementaires couvrent les cinq usages de la RT 2012, dont le chauffage, et que l'indicateur Ic énergie évalue l'impact carbone de ces consommations sur 50 ans. Un générateur mal dimensionné fonctionne hors de sa plage de rendement optimal, ce qui dégrade les consommations réelles sans que le calcul réglementaire, qui suppose des systèmes correctement dimensionnés, ne le reflète.
Le guide signale également qu'en habitation, les bâtiments doivent être équipés de systèmes permettant de mesurer ou d'estimer la consommation d'énergie par logement, à l'exception des systèmes individuels de chauffage au bois en maison individuelle, et que l'occupant doit recevoir cette information au moins mensuellement, par type d'énergie et par usage : chauffage, refroidissement, eau chaude sanitaire, réseau de prises électriques et autres usages. Un surdimensionnement devient donc visible en exploitation.
Les données d'entrée réglementaires du calcul
- Coefficients U des parois : NF EN ISO 6946, à partir des conductivités déclarées des produits prescrits.
- Coefficient Uw des menuiseries : NF EN ISO 10077-1, pour la dimension de menuiserie effectivement posée.
- Coefficients ψ et χ des liaisons : NF EN ISO 10211, Avis techniques, ou valeurs par défaut du fascicule Th-Bat Ponts thermiques.
- Débits de ventilation, arrêté du 24 mars 1982, tableaux des articles 3 et 4 selon le nombre de pièces principales et les pièces de service.
- Perméabilité à l'air de l'enveloppe, mesure selon la NF EN ISO 9972, exigence RE2020 de 0,6 m³/(h.m²) en maison individuelle et 1 m³/(h.m²) en logement collectif.
- Température extérieure de base, annexe nationale de la NF EN 12831, selon le département et l'altitude.
Dimensionnement du chauffage et projet de maîtrise d'œuvre
Le dimensionnement du chauffage est le point où toutes les décisions d'enveloppe se convertissent en équipement. Il ne peut donc pas être traité avant que l'enveloppe soit arrêtée, ni délégué au seul fournisseur de l'équipement, dont l'intérêt commercial ne coïncide pas nécessairement avec le juste dimensionnement. Le surdimensionnement est la faute la plus fréquente et la plus durable : il coûte à l'investissement, il coûte à l'exploitation, et il ne se corrige qu'en remplaçant le matériel.
Progineer positionne donc ce calcul comme un livrable contractuel dans la chaîne du projet : exigence d'une note de calcul de déperditions conforme à la NF EN 12831 avant tout choix de matériel, vérification de la température extérieure de base retenue au regard de l'annexe nationale et de l'altitude réelle du terrain, contrôle de la cohérence entre les coefficients U de la note et ceux des produits effectivement prescrits, arbitrage sur la ventilation et sur son effet sur la puissance, puis vérification en phase VISA que la puissance du matériel proposé correspond bien au calcul et non à une gamme commerciale supérieure. Les écarts régionaux sont ici particulièrement marqués : en Provence-Alpes-Côte d'Azur littorale, la température de base est douce et la puissance modeste, ce qui rend le surdimensionnement d'autant plus pénalisant ; en Auvergne-Rhône-Alpes et en altitude, elle chute rapidement et un relevé approximatif conduit à sous-dimensionner l'installation.
Glossaire technique
- Charge thermique nominale
- Puissance nécessaire pour maintenir la température intérieure requise dans les conditions extérieures de base, au sens de la NF EN 12831.
- HT, coefficient de déperdition par transmission
- Somme des termes surfaciques Σ(U × A), linéiques Σ(ψ × L) et ponctuels Σχ, en W/K, corrigés des facteurs de réduction pour les parois sur locaux non chauffés.
- HV, coefficient de déperdition par renouvellement d'air
- Déperdition liée au réchauffement de l'air neuf, en W/K, égale à 0,34 × qv, ou 0,34 × qv × (1 − η) en présence d'une récupération d'efficacité η.
- Température extérieure de base
- Température conventionnelle de dimensionnement, donnée par l'annexe nationale de la NF EN 12831 selon le département et l'altitude. Atteinte seulement quelques jours par an.
- Surpuissance de relance
- Puissance additionnelle permettant la remontée en température après un abaissement. Dépend de l'inertie du bâtiment, de l'ampleur de l'abaissement et de la durée de remontée admise.
- Facteur de réduction
- Coefficient appliqué aux parois donnant sur un local non chauffé, un vide sanitaire ou le sol, pour tenir compte d'un écart de température inférieur à celui avec l'air extérieur.
- ΔT de dimensionnement
- Écart entre la température intérieure de consigne et la température extérieure de base, en kelvins. Il multiplie linéairement le coefficient de déperdition global.
- Cycles courts
- Fonctionnement en marches et arrêts rapprochés d'un générateur surdimensionné, dégradant le rendement saisonnier, usant les composants et détériorant le confort.
- Point de dimensionnement d'une pompe à chaleur
- Conditions extérieures de base auxquelles la puissance délivrée par la machine doit être vérifiée, à distinguer des points d'essai normalisés plus favorables.