NF DTU 33.2 - Tolérances dimensionnelles du gros œuvre destiné à recevoir des façades légères
Le DTU 33.2 est la norme expérimentale XP P 28-003 de décembre 1996. Elle ne fixe pas des tolérances forfaitaires en millimètres par étage : elle définit deux grandeurs, la tolérance d'ensemble Δe et la tolérance de bosses, de creux et de ressauts Δp, toutes deux lues sur des courbes en fonction de la dimension caractéristique de la façade et de la distance entre points, et déclinées en classe A (façades rideaux) et classe B (façades semi-rideaux ou panneaux). Elle impose aussi des conditions climatiques de relevé. Cette fiche restitue le contenu réel du texte, corrige les valeurs forfaitaires qui y étaient auparavant attribuées à tort, et explique comment organiser la réception géométrique du gros œuvre avant pose d'une façade légère.
Domaine d'application
Tolérances dimensionnelles admissibles des travaux NEUFS du gros œuvre en béton ou en maçonnerie destiné à recevoir des façades rideaux, semi-rideaux ou panneaux répondant à la XP P 28-002 (référence DTU 33.1). Le texte ne traite ni de l'implantation du bâtiment par rapport au site, ni des états de surface du gros œuvre, ni des parties de gros œuvre non destinées à recevoir une façade légère, ni des travaux de réhabilitation, ni des tolérances des façades légères elles-mêmes
Règles principales
Relevé géométrique contradictoire du gros œuvre avant fabrication de la façade
La vérification consiste à relever la position réelle des points du gros œuvre destinés à recevoir la façade, à reconstruire la nouvelle position de référence par minimisation globale des écarts (ou par droites de régression), puis à comparer les écarts ponctuels résiduels à Δe et les différences algébriques entre points voisins à Δp. Le relevé doit précéder la fabrication de la façade, dont les cotes en dépendent
Exceptions :
- • Points hors tolérance constatés: Le texte impose de rectifier la position des points concernés. Il ne prescrit pas la méthode de rectification, qui relève d'un arbitrage entre lots ; un ragréage de rattrapage ne doit pas devenir le support d'un ancrage de façade
Tolérance d'ensemble Δe — courbe n° 1
Δe s'applique en plus ou en moins et est unique pour l'ensemble de la façade concernée. Sa valeur se lit sur la courbe n° 1, pour la classe A ou la classe B, en fonction de D = max(H ; L/2), où H est la hauteur développée et L/2 la demi-longueur développée de la partie de façade destinée à recevoir la façade légère.
La vérification porte sur les trois axes x, y et z.
Exceptions :
- • Façade non plane et/ou non verticale: H est la hauteur développée maximale mesurable sur un même plan vertical et L/2 la demi-longueur développée maximale mesurable sur un même plan horizontal
Tolérance de bosses, de creux et de ressauts Δp — courbe n° 2
La valeur absolue de la différence algébrique des écarts ponctuels entre deux points ne doit pas dépasser la valeur donnée par la courbe n° 2 pour la classe considérée. Δp dépend de la distance développée p entre les deux points. Le respect de Δe ne dispense pas du respect de Δp : les deux tolérances doivent être satisfaites conjointement
Exceptions :
- • Détermination de la distance développée p: p prend en compte tout changement de direction de la façade quel que soit son angle, mais fait abstraction des joints de dilatation et des reliefs locaux (profils d'ossatures, nez de plancher, modénatures)
Choix de la classe A ou B à prescrire au CCTP
La classe A s'applique aux parties de gros œuvre destinées à recevoir des façades rideaux au sens de la NF P 28-001. La classe B s'applique aux parties destinées à recevoir des façades semi-rideaux ou panneaux. Le CCTP gros œuvre doit désigner explicitement la classe, faute de quoi Δe et Δp ne sont pas déterminables
Exceptions :
- • Justification de la classe B: Le texte précise que la classe B correspond à une nécessité de concordance entre les ouvertures du gros œuvre et celles de la façade légère
Conditions climatiques des relevés
Sauf dispositions particulières des pièces du marché, les relevés s'effectuent avec une température ambiante comprise entre + 5 °C et + 25 °C, un vent ne dépassant pas 60 km/h et une charge de neige ne dépassant pas 10 daN/m². Dans ces plages, aucune correction n'est généralement nécessaire vis-à-vis des conditions de référence : + 15 °C, vent nul, pas de neige
Exceptions :
- • Relevé impossible dans les plages admises: Une correction peut être établie pour ramener les valeurs aux conditions climatiques de référence ; pour la neige, il faut se référer aux règles P 06-006 (Règles N 84)
Conditions d'application du texte
Le document ne s'applique que lorsque la façade rideau, semi-rideau ou panneau répond à la XP P 28-002 (référence DTU 33.1) ET que le gros œuvre, entendu comme ossature primaire du bâtiment, est en béton ou en maçonnerie. Il s'applique en complément de la NF P 04-002 et en utilisant la terminologie de la NF P 01-101
Exceptions :
- • Ossature primaire autre que béton ou maçonnerie: Le texte ne vise pas ce cas : les tolérances d'interface doivent alors être définies contractuellement
Exclusions expresses du domaine d'application
Le document ne traite pas de l'implantation du bâtiment par rapport au site, ni des états de surface du gros œuvre (aspect, texture, traités dans des textes spécifiques), ni des parties du gros œuvre non destinées à recevoir une façade légère, ni des travaux de réhabilitation. Il ne traite pas non plus des tolérances des façades légères elles-mêmes
Exceptions :
- • Tolérances de la façade légère: Elles sont traitées par la XP P 28-002 (référence DTU 33.1) ; les deux jeux de tolérances se cumulent physiquement mais relèvent de deux lots
- • Opération de réhabilitation: Hors domaine : les tolérances du support existant doivent faire l'objet d'un relevé préalable et d'une définition contractuelle spécifique
Rectification des points hors tolérance
Les points dont l'écart ponctuel dépasse Δe, ou dont la différence avec un point voisin dépasse Δp, doivent être rectifiés avant pose de la façade. La méthode (ragréage, meulage, reprise, adaptation des pièces d'ancrage) relève des documents particuliers du marché et de la synthèse inter-lots
Exceptions :
- • Rattrapage par les pièces de liaison de la façade: Cette solution relève du lot façade et de la XP P 28-002 (DTU 33.1) ; elle suppose que la capacité de réglage des ancrages ait été vérifiée par le concepteur de la façade
Statut du document et portée contractuelle
Le document a été publié par l'AFNOR en décembre 1996 sous le statut de norme expérimentale, avec appel à observations avant le 31 décembre 1999, et une mention de travaux européens en cours au sein du CEN/TC 104/SC 2. Ce statut n'empêche pas sa mise en référence contractuelle par les documents particuliers du marché, usage courant sur les opérations à façade légère
Coordination gros œuvre / façade et chronologie
La chronologie de contrôle découle du texte : relevé géométrique du gros œuvre, traitement des écarts par rapport à la nouvelle position de référence, comparaison à Δe et Δp, rectification éventuelle, puis seulement fabrication et pose de la façade. Le procès-verbal de relevé doit consigner date, heure, température, vent et charge de neige pour être opposable
Tolérances d'exécution
| Paramètre | Tolérance | Conditions |
|---|---|---|
| Tolérance d'ensemble Δe | Lue sur la courbe n° 1 (classes A et B) en fonction de D = max(H ; L/2) | S'applique en plus ou en moins, unique pour toute la façade, vérifiée sur les axes x, y et z |
| Δe — exemple chiffré de l'annexe A | 2,80 cm | Pour D = 30,00 m (H = 15,10 m, L/2 = 30,00 m) en classe A — valeur propre à cet exemple, non généralisable |
| Tolérance de bosses, creux et ressauts Δp | Lue sur la courbe n° 2 (classes A et B) en fonction de la distance développée p | Valeur absolue de la différence algébrique des écarts ponctuels entre deux points |
| Température ambiante lors du relevé | + 5 °C à + 25 °C | Conditions de référence : + 15 °C ; hors plage, correction possible |
| Vent lors du relevé | ≤ 60 km/h | Condition de référence : vent nul |
| Charge de neige lors du relevé | ≤ 10 daN/m² | Condition de référence : pas de neige ; correction selon règles P 06-006 (N 84) |
Dimensions réglementaires
H — hauteur développée de la partie de façade
Pour une façade non plane et/ou non verticale : hauteur développée maximale mesurable sur un même plan vertical
L/2 — demi-longueur développée
Pour une façade non plane et/ou non verticale : demi-longueur maximale mesurable sur un même plan horizontal
D — dimension caractéristique (abscisse de la courbe n° 1)
Détermine la valeur de Δe pour la classe retenue
p — distance développée entre deux points
Ignore les joints de dilatation et les reliefs locaux ; prend en compte tout changement de direction
Classe de tolérances
A : façades rideaux — B : façades semi-rideaux ou panneaux (NF P 28-001)
Comprendre XP P 28-003 (référence DTU 33.2)
Les Documents Techniques Unifiés définissent les règles de l'art de la construction française : matériaux admis, mise en œuvre, tolérances d'exécution et conditions de réception des ouvrages. Leur respect conditionne la conformité d'un chantier et l'engagement des garanties légales.
Pour XP P 28-003 (référence DTU 33.2), le suivi des prescriptions est déterminant : un écart de mise en œuvre peut entraîner un refus de réception, un sinistre non couvert par l'assurance ou une reprise de travaux. La maîtrise d'œuvre vérifie la conformité à chaque étape du chantier.
Qui est concerné ?
Le domaine d'application de XP P 28-003 (référence DTU 33.2) couvre : Tolérances dimensionnelles admissibles des travaux NEUFS du gros œuvre en béton ou en maçonnerie destiné à recevoir des façades rideaux, semi-rideaux ou panneaux répondant à la XP P 28-002 (référence DTU 33.1). Le texte ne traite ni de l'implantation du bâtiment par rapport au site, ni des états de surface du gros œuvre, ni des parties de gros œuvre non destinées à recevoir une façade légère, ni des travaux de réhabilitation, ni des tolérances des façades légères elles-mêmes. Les projets entrant dans ce périmètre doivent intégrer ces exigences dès la conception pour sécuriser leur conformité et l'engagement des garanties.
Progineer et la conformité document technique unifié
Progineer contrôle l'application des DTU lors de la conception, de la consultation des entreprises et du suivi de chantier, jusqu'à la réception des ouvrages.
Prestations associées
Tout savoir sur XP P 28-003 (référence DTU 33.2)
Le document connu sous la référence DTU 33.2 est la norme expérimentale XP P 28-003 « Travaux de bâtiment — Tolérances dimensionnelles du gros œuvre destiné à recevoir des façades rideaux, semi-rideaux ou panneaux — Tolérances dimensionnelles en construction neuve », publiée par l'AFNOR en décembre 1996. Son statut de norme expérimentale n'a jamais empêché sa mise en référence contractuelle : c'est le seul texte français qui fixe l'interface géométrique entre le lot gros œuvre et le lot façade légère.
Il s'applique en complément de la NF P 04-002 (tolérances dans le bâtiment — dimensions et positions — spécifications générales) et en utilisant la terminologie de la NF P 01-101, lorsque deux conditions sont réunies simultanément : la façade rideau, semi-rideau ou panneau répond à la XP P 28-002 (référence DTU 33.1), et le gros œuvre — l'ossature primaire du bâtiment — est en béton ou en maçonnerie.
L'erreur la plus répandue sur ce texte consiste à lui prêter des tolérances forfaitaires du type « verticalité ± 15 mm par étage » ou « alignement ± 15 mm sur 10 m ». Ces valeurs ne figurent pas dans la XP P 28-003. Le texte raisonne autrement : il définit une position de référence obtenue par translation et rotation de la position théorique de manière à minimiser globalement les écarts, puis compare les écarts ponctuels résiduels à deux tolérances lues sur des courbes.
Pour la maîtrise d'œuvre, l'enjeu est contractuel autant que technique. Un CCTP qui prescrit « tolérances selon DTU 33.2 » sans préciser la classe applicable, sans définir les conditions de relevé et sans imposer un relevé géométrique contradictoire avant commande de la façade, laisse l'entreprise de façade découvrir les écarts au moment de la pose — c'est-à-dire au pire moment du chantier, quand les profilés sont déjà fabriqués aux cotes du plan.
Comprendre en détail XP P 28-003 (référence DTU 33.2)
Ce que la XP P 28-003 couvre et ce qu'elle exclut
Le domaine d'application est délimité de façon très stricte. Le document spécifie les tolérances dimensionnelles admissibles des travaux neufs du gros œuvre destiné à recevoir des façades rideaux, des façades semi-rideaux ou des façades panneaux. Il ne s'applique que lorsque la façade légère répond à la XP P 28-002 (référence DTU 33.1) et que le gros œuvre, entendu comme ossature primaire du bâtiment, est en béton ou en maçonnerie. Une ossature primaire métallique sort donc du champ du texte.
Quatre exclusions sont énoncées explicitement. Le document ne traite pas de l'implantation du bâtiment par rapport au site : le repérage général de l'ouvrage sur le terrain relève d'autres documents. Il ne traite pas des états de surface du gros œuvre — aspect, texture — renvoyés aux textes spécifiques. Il ne traite pas des parties du gros œuvre non destinées à recevoir une façade légère. Il ne traite pas des travaux de réhabilitation, ce qui est une limite majeure sur les opérations de rénovation lourde de tours de bureaux.
Une cinquième exclusion mérite d'être soulignée en réunion de synthèse : le document ne traite pas des tolérances des façades rideaux, semi-rideaux ou panneaux elles-mêmes. Celles-ci relèvent de la XP P 28-002 (référence DTU 33.1). Les deux jeux de tolérances se cumulent physiquement sur le chantier, mais ils relèvent de deux textes et de deux lots différents. C'est exactement au point de rencontre de ces deux tolérances que naissent les litiges de façade.
Enfin, les Règles N 84 (P 06-006, actions de la neige sur les constructions) sont citées en référence normative, uniquement pour la correction éventuelle des relevés effectués sous charge de neige.
Le vocabulaire du texte : position de référence et écart ponctuel
La XP P 28-003 construit son raisonnement sur quatre définitions enchaînées. La position d'un élément de construction telle que prévue au projet est la position théorique définie par les plans. La position réelle est la position d'exécution constatée. La nouvelle position de référence s'obtient, à partir de la position théorique, par translation et/ou rotation autour d'un axe quelconque, de manière à minimiser globalement les écarts ponctuels avec la position réelle.
Cette notion de nouvelle position de référence est le cœur du texte et ce qui le distingue d'une simple tolérance de verticalité. Le document précise que la position recherchée est celle où le maximum de l'écart ponctuel en tout point est plus petit que le maximum constaté pour toute autre position, et que la méthode des droites de régression permet également d'obtenir cette nouvelle position de référence. Autrement dit, un gros œuvre globalement décalé mais géométriquement régulier peut rester conforme, alors qu'un gros œuvre bien positionné en moyenne mais localement bosselé peut être refusé.
L'écart ponctuel est la distance mesurée par ses composantes en coordonnées cartésiennes entre la position réelle d'un point et sa nouvelle position de référence. La tolérance est l'écart ponctuel maximal admis. Deux tolérances sont ensuite définies : la tolérance d'ensemble Δe, valeur maximale admise de l'écart ponctuel pris en tout point du gros œuvre concerné ou des façades juxtaposées ; et la tolérance de bosses, de creux et de ressauts Δp, valeur absolue maximale admise de la différence algébrique des écarts ponctuels entre deux points, fonction de la distance entre ces points.
Le texte insiste sur la nécessité de respecter conjointement les deux tolérances : le respect de la tolérance d'ensemble n'empêche pas que l'écart ponctuel présente des variations brutales entre des points plus ou moins rapprochés, variations qui traduisent la présence de bosses, de creux ou de ressauts gênants pour la mise en œuvre de la façade et pour son aspect.
Tolérance d'ensemble Δe : une valeur lue sur une courbe, pas un forfait
La tolérance d'ensemble Δe s'applique en plus ou en moins et elle est unique pour l'ensemble de la façade concernée. Sa valeur est donnée par la courbe n° 1 du document, tracée pour les deux classes A et B. Elle se détermine en fonction d'une dimension caractéristique D, définie comme la plus grande valeur entre H et L/2.
H est la hauteur développée de la partie de façade destinée à recevoir la façade légère ; pour une façade non plane et/ou non verticale, c'est la hauteur développée maximale mesurable sur un même plan vertical. L/2 est la demi-longueur développée de la partie de façade destinée à recevoir la façade légère ; pour une façade non plane et/ou non verticale, c'est la demi-longueur maximale mesurable sur un même plan horizontal.
L'annexe A du document donne un exemple chiffré qui permet de fixer l'ordre de grandeur : pour un immeuble destiné à recevoir une façade rideau, avec H = 15,10 m et L/2 = 30,00 m, donc D = 30,00 m, la courbe n° 1 en classe A donne Δe = 2,80 cm. Il faut alors vérifier que tous les écarts ponctuels restent dans la tolérance de ± 2,80 cm sur les trois axes x, y et z. Dans cet exemple, deux points relevés à 3,50 cm et 3,30 cm d'écart sur l'axe des x sont hors tolérance et doivent être rectifiés.
Ce chiffre de 2,80 cm sur un cas d'espèce ne doit surtout pas être transformé en valeur générale : il correspond à un D de 30 m en classe A. Une façade plus petite ou plus grande, ou une façade en classe B, donne une autre valeur. C'est précisément pour cette raison que le texte procède par courbe et non par tableau de valeurs fixes.
Tolérance de bosses, de creux et de ressauts Δp
La seconde tolérance, Δp, encadre la régularité locale. La valeur absolue de la différence algébrique des écarts ponctuels entre deux points ne doit pas dépasser la valeur donnée par la courbe n° 2 du document, également tracée pour les classes A et B. Cette tolérance est fonction de la distance développée p entre les deux points considérés, définie comme la plus courte mesure entre ces deux points sur le développé de la façade.
Le texte précise ce qu'il faut entendre par dimension développée. Elle prend en compte tout changement de direction de la façade concernée quel que soit son angle ; elle fait abstraction des éventuels joints de dilatation ; elle fait abstraction des reliefs locaux — profils d'ossatures, nez de plancher, modénatures. Cette convention est essentielle sur les façades à redents ou à angles rentrants, où la distance à vol d'oiseau et la distance développée diffèrent fortement.
La méthode de contrôle est décrite pas à pas en annexe A pour les points litigieux : relever l'écart ponctuel en chaque point, faire entre deux points la différence algébrique de ces écarts, en prendre la valeur absolue, et comparer cette valeur absolue aux Δp correspondantes. L'annexe montre un cas où deux points restent dans la tolérance d'ensemble tout en violant la tolérance Δp par rapport à leurs voisins immédiats : ils doivent malgré tout être rectifiés.
C'est ce mécanisme qui explique la sanction pratique la plus fréquente sur chantier : un nez de dalle localement en retrait par rapport à ses voisins immédiats est refusé, non pas parce qu'il sort du gabarit général de la façade, mais parce que le ressaut créé par rapport aux points voisins dépasse Δp.
Classe A et classe B : la distinction structurante du texte
Les deux courbes du document sont tracées pour deux classes. La classe A s'applique aux parties de gros œuvre destinées à recevoir des façades rideaux au sens de la NF P 28-001 (façade légère — définitions, classifications, terminologie). La classe B s'applique aux parties de gros œuvre destinées à recevoir des façades semi-rideaux ou panneaux au sens de la même norme.
Le document assortit la classe B d'une note explicative : elle correspond à une nécessité de concordance entre les ouvertures du gros œuvre et celles de la façade légère. C'est logique — une façade panneau ou semi-rideau s'inscrit entre des éléments de structure, alors qu'une façade rideau passe devant, ce qui autorise des jeux différents.
Pour le maître d'œuvre, la conséquence contractuelle est directe : le CCTP gros œuvre doit indiquer explicitement la classe visée. Écrire « tolérances selon DTU 33.2 » sans classe revient à laisser le choix à l'entreprise, alors que le passage d'une classe à l'autre modifie les valeurs admissibles et donc le coût de réalisation du gros œuvre.
Cette prescription de classe doit être cohérente avec le type de façade réellement prévu au marché façade. Un décalage entre les deux lots — gros œuvre exécuté en classe B alors que la façade retenue est une façade rideau relevant de la classe A — se solde systématiquement par des travaux de reprise de nez de dalle en fin de gros œuvre.
Conditions climatiques des relevés : une clause souvent oubliée
L'article 4 du document fixe des plages de conditions climatiques dans lesquelles les relevés doivent être effectués, sauf dispositions particulières stipulées dans les pièces du marché : température ambiante comprise entre + 5 °C et + 25 °C, vent ne dépassant pas une vitesse de 60 km/h, neige ne dépassant pas 10 daN/m².
Dans ces plages, il n'est généralement pas nécessaire de faire des corrections sur les relevés vis-à-vis des conditions climatiques de référence, qui sont : température ambiante + 15 °C, vent nul, absence de neige. Le texte prévoit toutefois que si les relevés ne peuvent pas être effectués dans ces plages, une correction peut être établie pour ramener les valeurs aux conditions climatiques de référence, et il renvoie aux règles P 06-006 (Règles N 84) pour le traitement de la neige.
Cette clause n'est pas une précaution de style. Sur une façade de grande hauteur, la dilatation thermique du gros œuvre entre un relevé effectué à 5 °C et un relevé effectué à 25 °C est parfaitement mesurable à l'échelle des tolérances en jeu. Un relevé contradictoire réalisé hors plage, sans correction, n'est pas opposable.
En pratique, il faut consigner au procès-verbal de relevé la date, l'heure, la température ambiante, la vitesse de vent et l'état de charge de neige. C'est le seul moyen de rendre le relevé exploitable en cas de contestation ultérieure.
Organiser la réception géométrique du gros œuvre en pratique
La logique du texte impose une chronologie : le relevé géométrique du gros œuvre doit précéder la fabrication de la façade, et non la précéder de quelques jours seulement. L'entreprise de façade a besoin de la position réelle des points d'ancrage pour figer ses cotes de fabrication et ses réglages de fixation ; découvrir un hors-tolérance à la livraison des profilés ne laisse plus que deux issues, la reprise du gros œuvre ou la modification des pièces de liaison.
Le relevé doit être organisé sur un maillage de points cohérent avec la trame de la façade — typiquement les nez de dalle au droit de chaque montant, en x, y et z, puisque la tolérance d'ensemble se vérifie sur les trois axes. Le traitement des relevés suppose ensuite de reconstruire la nouvelle position de référence par minimisation des écarts ou par régression, puis de comparer les écarts résiduels à Δe et les différences entre points voisins à Δp.
Les points hors tolérance doivent être rectifiés. Le texte ne prescrit pas de méthode de rectification : ragréage, meulage, reprise de coffrage ou adaptation des pièces d'ancrage relèvent d'un arbitrage de chantier entre le gros œuvre, la façade et la maîtrise d'œuvre. En revanche, un ragréage d'épaisseur importante posé en rattrapage sur un nez de dalle destiné à recevoir des ancrages doit être justifié : il ne doit pas devenir le support d'une fixation reprenant les charges de la façade.
Enfin, il faut se souvenir que la XP P 28-003 ne couvre pas la réhabilitation. Sur une opération de remplacement de façade sur un bâtiment existant, aucun texte normatif ne fixe les tolérances du support : le relevé géométrique préalable devient alors une prestation à part entière du marché, à décrire et à rémunérer, avec des tolérances contractuelles à négocier au cas par cas.
Erreurs fréquentes en interface gros œuvre / façade légère
La première erreur consiste à publier ou à prescrire des tolérances forfaitaires attribuées au DTU 33.2 — verticalité par étage, alignement sur 10 m, désaffleur entre niveaux. Ces valeurs ne figurent pas dans la XP P 28-003, qui procède exclusivement par courbes en fonction de D et de p. Une tolérance forfaitaire peut être prescrite contractuellement, mais elle relève alors des documents particuliers du marché et ne doit pas être présentée comme une exigence du DTU.
La deuxième erreur est de ne pas fixer la classe. Classe A pour une façade rideau, classe B pour une façade semi-rideau ou panneau : sans cette indication, la valeur de Δe et de Δp n'est pas déterminable et la clause du CCTP est inopérante.
La troisième erreur est de vérifier la seule tolérance d'ensemble. Le texte demande explicitement le respect conjoint de Δe et de Δp, et l'annexe A montre un cas où deux points conformes à Δe sont néanmoins refusés au titre de Δp. Un contrôle qui ne compare pas les points deux à deux passe à côté des ressauts, qui sont précisément le défaut le plus gênant pour la pose d'une façade légère.
La quatrième erreur est le relevé hors conditions climatiques, sans correction ni mention au procès-verbal. La cinquième est de confondre les tolérances du gros œuvre avec celles de la façade elle-même, qui relèvent de la XP P 28-002 (DTU 33.1) : les deux se cumulent physiquement mais s'imputent à deux lots distincts. La sixième, enfin, est d'appliquer ce texte en réhabilitation, alors qu'il l'exclut expressément.
Sources officielles et documents liés
Le texte de référence est la norme expérimentale XP P 28-003 de décembre 1996, référence DTU 33.2, « Travaux de bâtiment — Tolérances dimensionnelles du gros œuvre destiné à recevoir des façades rideaux, semi-rideaux ou panneaux — Tolérances dimensionnelles en construction neuve », publiée par l'AFNOR et distribuée par le CSTB.
Les références normatives citées par le document lui-même sont : la NF P 01-101 (dimensions de coordination des ouvrages et des éléments de construction), la NF P 04-002 (tolérances dans le bâtiment — dimensions et positions — spécifications générales), la NF P 28-001 (façade légère — définitions, classifications, terminologie), la XP P 28-002-1 et la XP P 28-002-2 (référence DTU 33.1, façades rideaux, semi-rideaux et panneaux, cahier des clauses techniques et cahier des clauses spéciales), et les règles P 06-006 (Règles N 84, actions de la neige).
Sur le versant exécution, les tolérances du gros œuvre lui-même relèvent du NF DTU 21 pour les ouvrages en béton et du NF DTU 20.1 pour la maçonnerie de petits éléments. Les calfeutrements par mastics à l'interface relèvent du NF DTU 44.1, et les vitrages du NF DTU 39.
Glossaire XP P 28-003 (référence DTU 33.2)
- Écart ponctuel
- Distance mesurée par ses composantes en coordonnées cartésiennes entre la position réelle d'un point du gros œuvre et sa nouvelle position de référence (XP P 28-003, § 3.4).
- Nouvelle position de référence
- Position obtenue à partir de la position théorique du projet par translation et/ou rotation autour d'un axe quelconque, de façon à minimiser globalement les écarts ponctuels avec la position réelle. La méthode des droites de régression permet également de l'obtenir (§ 3.3).
- Tolérance d'ensemble Δe
- Valeur maximale admise de l'écart ponctuel pris en tout point du gros œuvre destiné à recevoir la façade légère. Unique pour l'ensemble de la façade, elle s'applique en plus ou en moins et se lit sur la courbe n° 1 en fonction de D (§ 3.5.1 et 5.1).
- Tolérance de bosses, de creux et de ressauts Δp
- Valeur absolue maximale admise de la différence algébrique des écarts ponctuels entre deux points du gros œuvre. Elle dépend de la distance développée p entre ces points et se lit sur la courbe n° 2 (§ 3.5.2 et 5.2).
- D (dimension caractéristique)
- Plus grande valeur entre H, hauteur développée de la partie de façade concernée, et L/2, demi-longueur développée de cette même partie. C'est l'abscisse de la courbe n° 1 (§ 5.1).
- p (distance développée)
- Plus courte mesure entre deux points sur le développé de la façade. Elle prend en compte tout changement de direction quel que soit son angle, et fait abstraction des joints de dilatation et des reliefs locaux (§ 5.2).
- Classe A
- Classe de tolérances applicable aux parties de gros œuvre destinées à recevoir des façades rideaux au sens de la NF P 28-001.
- Classe B
- Classe de tolérances applicable aux parties de gros œuvre destinées à recevoir des façades semi-rideaux ou panneaux au sens de la NF P 28-001. Elle correspond à une nécessité de concordance entre les ouvertures du gros œuvre et celles de la façade légère.
- Conditions climatiques de référence
- Température ambiante + 15 °C, vent nul, absence de neige. Les relevés effectués dans les plages admises (+ 5 °C à + 25 °C, vent ≤ 60 km/h, neige ≤ 10 daN/m²) ne nécessitent généralement pas de correction (§ 4).
Questions fréquentes sur XP P 28-003 (référence DTU 33.2)
Qu'est-ce que XP P 28-003 (référence DTU 33.2) ?
NF DTU 33.2 - Tolérances dimensionnelles du gros œuvre destiné à recevoir des façades légères. Le DTU 33.2 est la norme expérimentale XP P 28-003 de décembre 1996. Elle ne fixe pas des tolérances forfaitaires en millimètres par étage : elle définit deux grandeurs, la tolérance d'ensemble Δe et la tolérance de bosses, de creux et de ressauts Δp, toutes deux lues sur des courbes en fonction de la dimension caractéristique de la façade et de la distance entre points, et déclinées en classe A (façades rideaux) et classe B (façades semi-rideaux ou panneaux). Elle impose aussi des conditions climatiques de relevé. Cette fiche restitue le contenu réel du texte, corrige les valeurs forfaitaires qui y étaient auparavant attribuées à tort, et explique comment organiser la réception géométrique du gros œuvre avant pose d'une façade légère. Ce document relève de documents techniques unifiés.
Quels projets sont concernés par XP P 28-003 (référence DTU 33.2) ?
Le domaine d'application couvre : Tolérances dimensionnelles admissibles des travaux NEUFS du gros œuvre en béton ou en maçonnerie destiné à recevoir des façades rideaux, semi-rideaux ou panneaux répondant à la XP P 28-002 (référence DTU 33.1). Le texte ne traite ni de l'implantation du bâtiment par rapport au site, ni des états de surface du gros œuvre, ni des parties de gros œuvre non destinées à recevoir une façade légère, ni des travaux de réhabilitation, ni des tolérances des façades légères elles-mêmes. Toute opération entrant dans ce périmètre doit intégrer ces exigences dès la phase de conception.
Comment garantir la conformité à XP P 28-003 (référence DTU 33.2) sur un projet ?
En tant que maître d'œuvre, Progineer vérifie l'application des référentiels à chaque phase — conception, consultation des entreprises, suivi de chantier et réception — et coordonne les bureaux d'études spécialisés lorsque le projet l'exige.
Le DTU 33.2 fixe-t-il une tolérance de verticalité par étage ?
Non. La XP P 28-003 ne contient aucune tolérance forfaitaire par étage. Elle définit une tolérance d'ensemble Δe lue sur la courbe n° 1 en fonction de la dimension caractéristique D de la façade, et une tolérance de bosses, creux et ressauts Δp lue sur la courbe n° 2 en fonction de la distance développée p entre deux points. Toute valeur forfaitaire du type « ± 15 mm par étage » attribuée à ce DTU est une extrapolation, pas une prescription du texte.
Quelle est la différence entre la classe A et la classe B ?
La classe A s'applique aux parties de gros œuvre destinées à recevoir des façades rideaux au sens de la NF P 28-001. La classe B s'applique aux parties destinées à recevoir des façades semi-rideaux ou panneaux ; le texte précise qu'elle correspond à une nécessité de concordance entre les ouvertures du gros œuvre et celles de la façade légère. La classe doit être indiquée au CCTP, faute de quoi les tolérances ne sont pas déterminables.
Quel ordre de grandeur pour la tolérance d'ensemble ?
L'exemple de l'annexe A du texte donne, pour un immeuble à façade rideau avec H = 15,10 m et L/2 = 30,00 m, donc D = 30,00 m, une valeur Δe = 2,80 cm en classe A. Cette valeur vaut pour ce cas précis : elle change avec D et avec la classe. Elle est à vérifier sur les trois axes x, y et z.
Faut-il vérifier Δe et Δp, ou l'un des deux suffit-il ?
Les deux, conjointement. Le texte indique que le respect de la tolérance d'ensemble n'empêche pas des variations brutales de l'écart ponctuel entre points rapprochés, et que ces bosses, creux ou ressauts sont gênants pour la mise en œuvre et pour l'aspect de la façade. L'annexe A montre deux points conformes à Δe mais refusés au titre de Δp par rapport à leurs voisins.
Dans quelles conditions climatiques le relevé doit-il être fait ?
Sauf dispositions particulières du marché : température ambiante entre + 5 °C et + 25 °C, vent n'excédant pas 60 km/h, neige n'excédant pas 10 daN/m². En dehors de ces plages, une correction peut être établie pour ramener les valeurs aux conditions de référence (+ 15 °C, vent nul, pas de neige), en se référant aux règles P 06-006 (Règles N 84) pour la neige.
Le DTU 33.2 s'applique-t-il en réhabilitation ?
Non. Le texte exclut explicitement les travaux de réhabilitation, comme il exclut l'implantation du bâtiment par rapport au site, les états de surface du gros œuvre et les parties de gros œuvre non destinées à recevoir une façade légère. Sur une opération de remplacement de façade en existant, les tolérances du support doivent être définies contractuellement au cas par cas, après relevé.
Ce document fixe-t-il aussi les tolérances de la façade légère ?
Non. La XP P 28-003 précise qu'elle ne traite pas des tolérances des façades rideaux, semi-rideaux ou panneaux elles-mêmes, qui sont traitées dans la XP P 28-002 (référence DTU 33.1). Les deux jeux de tolérances se cumulent physiquement sur l'ouvrage mais relèvent de deux textes et de deux lots distincts.
Le statut de norme expérimentale rend-il le texte inapplicable ?
Non. La XP P 28-003 a été publiée par l'AFNOR en décembre 1996 comme norme expérimentale, avec un appel à observations avant le 31 décembre 1999, et une note signalant l'existence de travaux européens au sein du CEN/TC 104/SC 2. Une norme expérimentale peut parfaitement être rendue contractuelle par les documents particuliers du marché, ce qui est l'usage sur les opérations à façade légère.
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Dernière mise à jour
Ce document a été mis à jour le 15 janvier 2024
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XP P 28-003 (référence DTU 33.2) - Documentation réglementaire du Workspace Progineer. Bureau d'études spécialisé en conformité réglementaire du bâtiment en région PACA. tolérances, gros œuvre, façade rideau, façade panneau, implantation, réception, XP P 28-003, DTU 33.1, classe A, classe B, écart ponctuel, norme expérimentale.